4 de julho de 2009




J'ai tant rêvé de toi

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués

En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps

Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,

Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'à être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos, Corps et biens
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2 comentários:

Anónimo disse...

Conhecia este poema desde há muito.
Parabéns pela escolha.
Sabe, claro, que é alguém que tendo perdido um filho,se confessa desta maneira...

A língua francesa pode ser muito forte e bonita, não acha?

Graça disse...

Não, não sabia e não encontrei essa informação... O poema é vulgarmente considerado um dos muitos que dedicou a Yvonne George (http://www.robertdesnos.asso.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=59&Itemid=60 ).
O poema tem uma beleza muito própria independentemente do que o motivou.
A língua francesa pode ser muito forte e bonita, de facto. Mas não mais do que nenhuma outra. Todas as línguas têm algumas combinações muito felizes de sons.